Jeanne,
Il est encore tôt et déjà, je pense à vous. Je vous écris depuis la gare Saint-Charles. Perdu dans la salle des Pas Perdus, j'observe les gens pressés, ceux qui hésitent. Et ceux qui se déchirent, qui se séparent. Pourquoi faut-il se séparer quand on s'aime ? Moi, je pense qu'il n'y a rien de plus beau ou de plus important. C'est si rare d'aimer quelqu'un, de l'aimer vraiment. Je le sais depuis que vous êtes entrée dans ma vie. Que vous êtes devenue mon seul rêve, ma seule réalité. Pendant des années, j'avais de la haine à la place du coeur. De la haine à la place du sang. Pendant des années, je n'ai pas eu de rêve. Seulement celui de me venger. Celui de me libérer aussi. Et j'ai compris que les deux étaient liés. Que tant qu'ils vivraient, je ne pourrais respirer. Mais tout cela est bientôt terminé. Nous pourrons oublier. Ensemble.Ne croyez pas que je ne ressens rien dans ces moments -là. Je vous assure que je souffre. mais les images qui me hantent, celles qui m'étouffent depuis si longtemps, guident mes gestes. Il faut le faire, je doit le faire. [ ... ] Si jamais je ne peux vous offrir ma vie, sachez que je penserai à vous jusqu'à la dernière seconde. Gardez-moi seulement une petite place quelque part en vous. Ne m'oubliez pas. Comme vous n'avez pas oublier Michel. Dans votre coeur, je continuerais d'exister. Et c'est le plus bel endroit pour exister.
A bientôt, mon amour.
Elicuis. "
Cent Quatre Vingt Quatorze.